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Les reptiles à la Trimouille

En 2019, un suivi des populations de lézards et de serpents a été initié sur le site de la Trimouille à Sainte-Soline (79, France). L’objectif initial de ce suivi était faire un état des lieux des espèces présentes sur le site mais aussi de suivre leurs évolutions temporelles, notamment suite aux futurs aménagements prévus (ouverture de certains milieux, installation de sites de ponte et d’hibernation). Avec les années, ce suivi s’est complexifié avec notamment l’arrivée en 2020 d’un programme de suivi individuel et de mesures biométriques ainsi qu’en 2022 d’une augmentation sur le site de la couverture du suivi des populations.


La mise en place du suivi sur le modèle POPReptile

En France, la Société Herpétologique de France (SHF, http://lashf.org/) a présenté en 2016 un protocole national pour le suivi des reptiles sur le territoire : le POPReptile. Ce protocole standardisé permet de déterminer la présence des espèces, la probabilité de détection et le nombre de contacts réalisés. En multipliant le nombre de suivis à l’échelle nationale, il sera possible de mieux connaître la répartition et l’évolution des espèces de lézards et de serpents mais aussi d’identifier les habitats et les milieux favorables. Le dernier avantage de ce protocole est sa simplicité. Il ne demande pas de captures des individus, ce qui est soumis à dérogation préfectorale du fait que les reptiles sont intégralement protégés en France, mais de simples observations pour lesquelles seulement l’espèce et le stade de vie sont à renseigner.


A la Trimouille, durant l’hiver 2019, quatre lignes de prospection (ci-après transects) ont été installées dans la zone cœur du site (Figure 1). Le reste du site est observé ponctuellement sans utilisation de protocole particulier. Les transects, d’une longueur de 65 à 120 m, sont constitués de quatre plaques ondulées de fibrociment, plus ou moins espacées, et disposées dans des micro-habitats adéquats. Les plaques en fibrociments ondulées sont idéales pour les observations de reptiles car elles favorisent la thermorégulation des individus tout en leur offrant une cachette efficace (Graitson and Naulleau, 2005).Afin de répondre aux exigences du protocole national POPReptile, six passages annuels espacés de 48 heures minimum sont effectués entre avril et juin sur l’ensemble des transects.


Figure 1 : Disposition des transects de type POPReptile et emplacements des plaques d’observation pour le suivi des populations des serpents et des lézards sur le site de la Trimouille en 2019. ©Souchet Jérémie


Un passage sur un transect se fait en deux étapes (Figure 2). Le premier passage de l’observateur est un passage à vue à une vitesse moyenne de 2 m.s-1. L’observation se fait sur la largeur du transect et sur les deux mètres de largeur qui le précède sans toucher aux plaques. Dans un deuxième temps, au passage retour, les plaques sont soulevées. Tous les reptiles observés sont répertoriés. Quelques informations générales sont également notées à chaque passage comme la date, l’heure de début et de fin, l’observateur, la puissance du vent, la météo générale et la température de l’air.


Figure 2 : Schéma récapitulatif de la procédure à suivre pour un passage d’observation sur un transect de type POPReptile.


Bilan des observations après 3 ans de suivi

Cela fait maintenant trois années que le protocole POPReptile est appliqué sur le site cœur de la Trimouille. Au total 34 contacts de reptiles ont été faits sur l’ensemble des transects entre les mois d’avril et juin (Tableau 1). Nous avons pu observer une espèce de lézards : le Lézard à deux raies (anciennement appelé Lézard vert occidental), et quatre espèces de serpents : la Couleuvre d’Esculape, la Couleuvre helvétique (anciennement appelée Couleuvre à collier), la Couleuvre vipérine et la Couleuvre verte et jaune (Figure 3).Ce sont donc 5 espèces de reptiles contactées à la Trimouille sur les huit connues dans le département des Deux-Sèvres (Boissinot et al., 2015). Cependant, il est important de remarquer que 41% des observations sont dues à une espèce : la Couleuvre verte et jaune. Cette espèce est également la seule à avoir été contacté tous les ans sur le site. Les transects en bord de prairie (Figure 1) cumulent 88% des observations, un résultat qui s’explique en partie par leur meilleure exposition au soleil. Cet habitat étant l’habitat préférentiel des Couleuvres verte et jaune (Vacher & Geniez, 2010), cela explique également la dominance de cette espèce dans nos observations. Pour finir, il est important de noter que les observations des reptiles varient beaucoup avec les conditions météorologiques, d’où les disparités d’observation entre les années (Tableau 1).


Tableau 1 : Ensemble des observations de reptiles durant les trois ans (2019 à 2021) du suivi POPReptile sur le cœur du site de la Trimouille.


Figure 3 : Photographies d’individus adultes des espèces détectées sur le site de la Trimouille lors des passages POPReptile. (1) Couleuvre helvétique (Natrix helvetica), (2) Couleuvre vipérine (Natrix maura), (3) Lézard à deux raies (Lacerta bilineata), (4) Couleuvre d'Esculape (Zamenis longissimus) et (5) Couleuvre verte et jaune (Hierophis viridiflavus). ©Souchet Jérémie


Le besoin d’augmenter la couverture du suivi POPReptile

Entre 2019 et 2021, de nombreux travaux d’ouverture du milieu ont été effectués par l’équipe de l’association et de nombreux bénévoles, notamment des zones de buissons hauts. Les zones de buissons hauts souvent très denses ne sont pas des habitats favorables aux reptiles car ils ne favorisent pas leur thermorégulation (Huey, 1974; Huey and Slatkin, 1976). L’ouverture de ce milieu offre aux reptiles de nouvelles zones de thermorégulation qui devraient être rapidement colonisés (Bonnet et al., 2016). Afin de suivre la colonisation potentielle de ces nouvelles zones sur le site de la Trimouille, il est nécessaire de mettre en place un suivi des espèces. Compte tenu du suivi POPReptile déjà en place sur le site, trois nouveaux transects ont été installés pour 2022 (Figure 4).


Figure 4 : Disposition des transects POPReptile et emplacements des plaques d’observation pour le suivi des populations des serpents et des lézards sur le site de la Trimouille en 2019 ainsi les futurs transects de 2022. ©Souchet Jérémie


Le développement du programme CMR

Bien que le protocole POPReptile fournisse des informations importantes sur l’évolution de la dynamique des populations de reptiles à l’échelle nationale, il ne permet pas un suivi individuel de l’occupation des sites. C’est pourquoi en 2020 s’est ajouté au protocole de suivi de populations un autre programme centré sur l’individu : le programme de Capture-Marquage-Recapture (CMR). L’objectif est de récolter des informations précises sur les individus à travers des mesures biométriques (e.g., longueur du corps, masse corporelle, état de reproduction…) mais aussi d’estimer le nombre d’individus présent sur le site pour chaque espèce de reptiles. Ces mesures répétées dans le temps peuvent permettre de déterminer des taux de croissance ou des taux de reproduction. Ces données, associées ou non à des paramètres physico-chimiques du site, peuvent permettre de définir la qualité de l’habitat ou encore comparer l’état de santé des populations de la Trimouille à d’autres populations sur d’autres sites. En pratique, les animaux observés sur le site et aux alentours (ceux également observés durant les passages POPReptile) sont capturés à la main, notamment sous les plaques de fibrociments dispersées sur le site mais aussi quand ils sont détectés à vue le long d’un trajet permettant de relever l’ensemble des plaques (Figure 5).


Figure 5 : Disposition des plaques pour 2022 (incluant celles présentes sur les transects) à la Trimouille pour le programme CMR. ©Souchet Jérémie


Lors d’un premier passage, les individus capturés sont identifiés sur leur flan gauche selon une méthode de marquage à chaud (qui s’apparente à un tatouage). C’est une méthode efficace chez les reptiles qui permet de rapidement identifier les animaux à l’aide d’un cautère basse température et d’un code défini, qui perdure après la mue et qui ne détruit pas le bourgeon d’écaille (Winne et al., 2006). Les individus sont ensuite sexés, mesurés, pesés puis palpés pour déterminer s’ils se sont alimentés et une attention particulière sera portée aux femelles pour déterminer si elles sont en période de reproduction. Suite à cette batterie de mesures les individus sont relâchés sur leur lieu exact de capture. Lors d’un second passage les individus détectés sont également capturés. Une partie d’entre eux présenteront un marquage, ce qui signifie qu’ils ont déjà été capturés sur le site lors du premier passage, et l’autre partie n’en possèdera pas, ce qui indique qu’ils n’étaient pas présents ou n’avaient pas été détectés lors du premier passage. Dans tous les cas toutes les mesures sont faites, les nouveaux individus sont marqués puis l’ensemble des individus sont relâchés.


Quelques résultats après un an de CMR

Lors de cette unique année du programme CMR, les premiers résultats semblent convaincants avec déjà le marquage de 28 individus de serpents (5 Couleuvre d'Esculape, 5 Couleuvre verte et jaune et 18 Couleuvre vipérine) et seulement deux recapture (1 Couleuvre d'Esculape et 1 Couleuvre verte). Cela indique soit que la densité d’individus est forte sur le site soit que les individus ne sont que de passages sur le site. La pérennité de ce programme permettra peut-être de répondre à ces interrogations. Toutes espèces confondues, 22 adultes (6 femelles et 16 mâles) et 8 juvéniles (5 femelles et 3 mâles) ont été capturés. Un bref récapitulatif de quelques mesures morphologiques faites chez les adultes est présenté dans le Tableau 2.


Tableau 2 : Récapitulatif de quelques résultats sur la morphologie des trois espèces de serpents capturés et mesurés sur le site de la Trimouille en fonction de leur sexe.


Références

  • Boissinot A, Doré F, Grillet P, Swift O, Lourdais O. 2015. Les Amphibiens et les Reptiles des bocages de l’ouest de la France. Éditions du Centre d’Études Biologiques de Chizé. Available from: https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01334711

  • Bonnet X, Lecq S, Lassay JL, Ballouard JM, Barbraud C, Souchet J, Mullin SJ, Provost G. 2016. Forest management bolsters native snake populations in urban parks. Biol Conserv 193:1–8.

  • Graitson E, Naulleau G. 2005. Les abris artificiels: un outil pour les inventaires herpétologiques et le suivi des populations de reptiles. Bull Société Herpétologique Fr [Internet] 115. Available from: https://orbi.uliege.be/handle/2268/34902

  • Huey RB. 1974. Behavioral Thermoregulation in Lizards: Importance of Associated Costs. Science 184:1001–1003.

  • Huey RB, Slatkin M. 1976. Cost and Benefits of Lizard Thermoregulation. Q Rev Biol 51:363–384.

  • Vacher J-P, Geniez M. 2010. Les Reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse. Biotope.

  • Winne CT, Willson JD, Andrews KM. 2006. Efficacy of marking snakes with disposable medical cautery units. Herpetol Rev 37:52–54.

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